Édition du vendredi 23 mai 2008
Le maire du Mont veut un recadrage du projet
« Dérives, manques de pertinence... » Éric Vannier aimerait revoir, sur le fond, le rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel.
« Errements, dérives. » Contre le projet de rétablissement du caractère maritime du Mont, Éric Vannier ? Il vous répondra que dès les années 90-95, il en était « l'un des initiateurs ». Aujourd'hui, ce qui le hérisse, c'est de voir « ce qu'est devenu ce qui avait été cadré. La commune du Mont et les collectivités s'étaient engagées sur la base de ce projet-là. Les arbitrages de Dominique de Villepin ont déshabillé ce projet. » Eric Vannier souhaite « redonner à ce grand projet le caractère présidentiel qui l'a initié ».
Pour celui qui est redevenu maire en mars, « le transfert de la charge financière de l'État et des collectivités publiques vers un groupe privé ne peut garantir l'accès populaire au Mont qui deviendra élitiste. » Éric Vannier, qui est aussi chef d'entreprises, estime que « ce sont les visiteurs qui seront amenés à sortir de leurs poches les abandons financiers publics ». En 1995 on parlait de tarif de 5 € par voiture, parking et navettes compris ; « les simulations tarifaires font aujourd'hui état de 15 € à 25 € ».
A propos de parking, le maire pense qu'organisation et conception sont peu fiables. « Sur les 4 200 emplacements, près de 3 000 places seront aménagées non sur du dur, mais sur un sol stabilisé. Avec un sous-sol comme celui de la baie, c'est risqué. Quant à la capacité, elle est insuffisante pour le parking de proximité qui peut être agrandi. D'autant que les visiteurs ne pouvant venir au pied du Mont, les délais de stationnement seront allongés. Parking et navettes prévues du côté de Pontorson ne se justifient pas. »
Qu'il pleuve, qu'il vente et qu'il fasse beau, les navettes laisseront leurs passagers à près d'1 km du Mont. Éric Vannierestime « souhaitable » d'inciter les gens à une « découverte plus piétonnière par un cheminement paysager jusqu'au bord de grève, d'où un système de passeurs - navettes plus écologiques ou plus technologiques que les bus envisagés - qui acheminerait les visiteurs qui le souhaiteraient jusqu'au pied du Mont. » Eric Vannier interroge : « Il faut savoir ce que l'on veut ; un vrai beau projet pour le Mont ou un projet revu, au rabais et sans garantie, pour un accès populaire ? » Il faudrait alors une rallonge financière publique de 40 à 80 millions d'euros. « Oui, mais ce sera toujours 10 à 20 fois moins que le Grand Louvre ou Beaubourg. Le Mont le vaut, non ? »
Éric BLÉAS.
Ouest-France